Marie Bourbeau l’exploratrice

Marie Bourbeau tu es native de Québec ou tu as grandi entourée de tes parents et de ta fratrie. La liberté tu l’as recherché très tôt et le mouvement hippie des années 60-70 incarnait cette quête collective d’un repositionnement vers ces valeurs du féminin que tu portais et porte encore.

À la retraite maintenant après une carrière de réalisatrice notamment à Radio Canada pour l’émission la Semaine Verte, tu t’es plus récemment reconvertie en entrepreneuse sociale.

Avant-gardiste, moderne, à l’affut tu n’as pas hésité à créer une vie sur mesure.

Le compromis et le pré fabriqué, très peu pour toi Marie. Ai-je bien compris ?

Défaire le campé, explorer, saisir les opportunités et gouter avec appétit la liberté, c’est ce que tu as expérimenté tout au long de ta vie. Et c’est une aventure qui continue.

C’est à l’automne 2018 que je t’ai rencontré durant un événement de Je Fais Montréal. À cette occasion tu as présenté « La Friche au Pied de Courant », un projet de création d’un laboratoire de décontamination par le vivant. Ce projet tu le mènes avec tes deux sœurs lionnes Sylvie Teste de Escales improbables et Fanie St-Michel de Conscience Urbaine . Véritable exploration collaborative de l’art de la réappropriation des territoires par les citoyens,  « La Friche au Pied de Courant » ravive les mécanismes subtils d’enracinement au travers la création de liens humains et la transmission des savoirs.

Les lionnes

 

C’est un coup de cœur que j’ai eu pour toi Marie quand Olivier Offman de Yulism a décortiqué ce projet organique que tu nourris, tes yeux pleins de reconnaissance peut-être parce que ses mots ont confirmé ton intuition que ce drôle de caneton que tu coparentes a l’ADN du cygne. Le temps, les mois ont passé et j’ai eu envie d’échanger avec toi dans l’intention de peindre un article dont tu serais le sujet.

La friche _HiverLors de notre rencontre, sans trame d’entrevue, j’espérais secrètement que nous abordions la question de la femme et du féminin en deux sujets distincts et conjoints à la fois. Je n’ai pas présenté l’angle que je souhaitais au profit de la spontanéité et pourtant c’est directement là que nous nous sommes embarquées.

Notre discussion a été une cascade de partages qui nous a emmenés toutes les deux là où nous ne savions pas que nous étions déjà.

Ton récit de vie à l’intersection du cœur et du temps, m’a fait découvrir les années 70 du Québec pour s’en aller vers les générations futures en passant par un tour du monde et des genres. Tout s’est terminé dans une émotion et du wouaw et ça a fait du bien.

Nous avons évoqué les espoirs qu’apportait le retour à la Terre de ta génération, qui est celle de l’après-guerre, forte, nombreuse, belle, pleine de rêves, de passion, qui aspirait à l’affranchissement des conventions et l’envie de se créer un aujourd’hui libre, féminisé, complet. Aviez-vous la rage à cette époque ? En tout cas assurément l’envie de baffer le système et ébranler solidement les valeurs qui le soutenaient à une échelle planétaire. Tout a été remis en question, la religion, le travail, la politique, la famille, l’amour, le plaisir, la femme, son corps.

Et puis les années 80 sont arrivées. Le mouvement s’est assoupi. Peut-être au moment où cette génération de baby-boomers rêveurs sous l’injonction de la performance a dû limer ses aspirations.  Le temps passait, les responsabilités elles s’accumulaient, la nouvelle génération était en bas âge, il fallait protéger les foyers et renoncer un peu au collectif.

Le sentiment de survie aura envahi les cœurs et il aura rendu le matériel roi au détriment de l’intégrité et de ces valeurs qui semblaient si encrées, si justes, si vrais, si authentiques.

Mais c’était pourtant presque gagné. Les cadres rigides étaient prêts à sauter au profit d’une nouvelle génération d’idéaux impulsés par une émancipation légitime de l’émotion, la sensibilité, l’intuition, la guidance. Ces valeurs résolument féminines, elles étaient une médecine sacrée prête à être administrée à l’humanité en continu.

Mais avec un enfant ou plus à chaque sein, même si tous à peu près souhaités, avec une carte de crédit à rembourser et la responsabilité des foyers encore un peu centralisée, alors que la responsabilité financière est quant à elle plutôt partagée, nous y revoilà; épuisées, atrophiées, pressées.

Pourtant les clefs étaient bien identifiées. Nous nous étions tous projetés dans cette liberté retrouvée. Nous nous les étions partagés nos secrets dans les recoins de l’intimité. Mais c’est vrai que quand il a fallu le narrer au collectif, nous y sommes allés avec le feu et l’eau, avec la rage et la timidité. Nous avons fini par transmettre aux nouvelles générations le même fardeau dont nous avions hérité. La terre en est maintenant exsangue et elle s’apprête à nous expulser en vulgaire avorton.

Avons-nous perdu ? Nous ont-ils vaincu ? Ce n’était pourtant pas un duel. Avons-nous eu peur de la liberté et de ses responsabilités ? Mais, avons-nous fait la bonne proposition ? Celle que nous pouvions endosser et qui serait le fruit d’un projet collectif, loin des affronts sexués au profit d’une complémentarité exaltée.

Marie, dans ce texte je ne sais plus si je parle de ta génération ou la mienne. Atelier Sol vivant avec Atelier urbain

Au final, ce que je comprends c’est que l’appelle de la Terre s’entend plus avec le cœur que les oreilles. Y répondre nécessite une écoute étalée dans le temps, encrée sur le territoire, la complicité du collectif pour expérimenter dans le respect des cycles la force du sensible au service de l’intelligence créatrice pour ainsi explorer le chemin d’une collaboration des vivants. Pour tout ça, il faut des espaces de transmission, de contemplation, d’écoute et de création de liens de confiance entre les pairs et les générations.

Au final « La Friche du pied de courant », c’est un peu ça n’est-ce pas ?

 

 

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