L’appel du Matato

Découverte du Grand Nord-du-Québec
Un jour j’ai réalisé  être née  sur une terre amérindienne en plein cœur de la Caraïbe. Dès lors, je suis devenue curieuse de cette part du Canada, mon pays d’accueil depuis maintenant 11 ans. Cet intérêt m’a porté au gré du hasard et des actions dans l’époustouflante région du Nord-du-Québec, précisément dans la toute petite ville de Matagami. Là, j’y ai fait des rencontres magiques !

D’abord, la rencontre de ce territoire magnifique. La forêt boréale, sa faune, sa flore, si belle, si brute, que  si vous vous laissez envelopper par elle, vous glisse dans le cœur des choses indécodables par l’intellect. Je me souviens qu’en me promenant dans la forêt, j’ai eu à plusieurs reprises le sentiment étrange que des choses se disaient autour de moi, que le vent, le silence de la neige, les oiseaux et les arbres échangeaient sans que je ne puisse rien comprendre. C’était beau, c’était doux, c’était peut-être inquiétant. Quand je me connecte à ce souvenir, je me rappelle m’être perçu comme une intruse dont la naïveté était moquée. Je crois que des choses m’ont été soufflées. Ces choses peut-être étaient « Tu es un infime éclat de  la Terre, comme nous, et tu redeviendras poussière, comme nous ». Mais peut-être que c’était autre chose ou peut-être mon imagination.

J’ai aussi rencontré un aîné cree, John, vivant de chasse et pêche dans une cabine le long de la route de la Baie James où les ours venaient lui rendre visite. Il dédiait sa vie à sa famille, sa communauté, une vie au rythme de ses traditions qu’il était prêt partager avec les cœurs curieux de recevoir son savoir. Il me parlait de l’eau, de son potentiel de guérison et de son désespoir  face  à  ce qu’on y déverse maintenant. Il  me parlait de cette nature qui pleure, de ces animaux qui parlent et de nous qui avons oublié comment comprendre ce Grand Tout.

Durant cette période nordique, au travers mes rencontres, j’entend parler des tentes de sudation (Matato). Ce rituel de guérison collective qui est pratiqué par les hommes des communautés amérindienne.

Il s’agit d’une tente basse construite sur la terre, dans laquelle sont insérées des pierres chaudes pour en faire monter la température. La cérémonie est menée par un sage qui partage des enseignements et qui par ses mots, ses chants, ses prières, invite à se rapprocher de son essence profonde, à confronter ces parties de vous-même que vous  préférez ignorer. Le Matato est un espace rond, chaud, étroit, dans lequel vous et vos camarades avez peu d’espace pour bouger. Oui. C’est un ventre de maman.

Depuis Matagami, tout dans ce rituel m’attire. Sauf, qu’il y fait trop chaud. Je ne suis pas capable. Ce rituel de purification est traditionnellement réservé aux hommes, car les cycles féminins et les accouchements sont les Matados au féminin. Alors quelle est ma place ? De toute manière, sang mêlée je suis, mais amérindienne probablement pas. Alors, ce rituel n’est pas pour moi. Finalement, viens le jour où  je quitte Matagami et sa région pour revenir à Montréal. Les jours, se suivent,  les aventures se multiplient. Tout à coup quelques jours de vacances me tombent du ciel. Que faire?

L’appel du Matato
À la veille de mon départ en vacances, je visite le  site Internet de Kina8at, une ONG  dont la mission est « de permettre la guérison culturelle chez les premières nations, ainsi que de favoriser les ponts et le partage entre toutes les cultures ». L’initiateur Dominic Rankin ( Chomis ) est un homme médecine Algonquin dont John m’avais parlé durant ma période nordique. Il travaille avec sa  lumineuse compagne, Marie-Josée Tardif ( Kokom ).

Le hasard a voulu, que durant mes jours de congés, Kina8at propose un Matato dans le cadre d’un stage pour les femmes intitulé « Amoureuse, Maternelle et Guerrière ». Woow ! Quel titre ! Ça me touche ! Bahh je dois avoir changé. Ou peut-être grandi. Enfin peu importe. Nous étions une quinzaine de femmes, toutes appelées par le Matato afin d’y déposer un peu de notre trop-plein, venues rencontrer une part de nous, une part de notre féminité aussi, une part de notre humanité assurément. Et chacune de nous, avons trouvé un peu de ce que nous cherchions.

 

 

 

 

 

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